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Fable, Jean De La Fontaine, La Mouche et la Fourmi, Livre IV, fable 3
Créé par Mariedark, le 31/08/2013 à 19h32.
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Par Mariedark,
le 31/08/2013 à 19h32.
Mariedark
Posté le 31/08/2013 à 19h32
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FABLE,  JEAN DE LA FONTAINE,

Livre IV, fable 3

 

LA MOUCHE ET LA FOURMI

 

La Mouche et la Fourmi contestaient de leur prix .

Ô Jupiter ! dit la première,

Faut-il que l'amour-propre aveugle les esprits

D'une si terrible manière,

Qu'un vil et rampant Animal

A la fille de l'air ose se dire égal !

Je hante les palais,  je m'assieds à ta table :

Si l'on t'immole un boeuf, j'en goûte devant toi ;

Pendant que celle-ci chétive et misérable

Vit trois jours d'un fétu qu'elle a traîné chez soi.

Mais ma Mignonne, dites-moi,

Vous campez-vous jamais sur la tête d'un Roi,

D'un Empereur ou d'une Belle ?

Je le fais ; et je baise un beau sein quand je veux :

Je me joue entre des cheveux ;

Je rehausse d'un teint la blancheur naturelle ;

Et la dernière main que met à sa beauté

Une femme allant en conquête,

C'est un ajustement des Mouches emprunté.

Puis allez-moi rompre la tête

De vos greniers.  Avez-vous dit ?

Lui répliqua la ménagère.

Vous hantez les palais ; mais on vous y maudit

Et quant à goûter la première

De ce qu'on sert devant les Dieux,

Croyez-vous qu'il en vaille mieux ?

Si vous entrez partout, aussi font les profanes.

Sur la tête des Rois et sur celle des Ânes

Vous allez vous planter ;  je n'en disconviens pas ;

Et je sais que d'un prompt trépas

Cette importunité bien souvent est punie.

Certain ajustement, dites-vous, rend jolie.

J'en conviens : il est noir ainsi que vous et moi.

Je veux qu'il ait nom Mouche : est-ce un sujet pourquoi

Vous fassiez sonner vos mérites?

Nomme-t-on pas aussi Mouches les parasites ?

Cessez donc de tenir un langage si vain :

N'ayez plus ces hautes pensées.

Les mouches de cour sont chassées ;

Les Mouchards sont pendus, et vous mourrez de faim,

De froid, de langueur, de misère,

Quand Phébus régnera sur un autre hémisphère.

Alors je jouirai du fruit de mes travaux :

Je n'irai, par monts ni par vaux,

M'exposer au vent, à la pluie ;

Je vivrai sans mélancolie.

Le soin que j'aurai pris, de soin m'exemptera.

Je vous enseignerai par là

Ce que c'est qu'une fausse ou véritable gloire.

Adieu, je perds le temps : laissez-moi travailler;

Ni mon grenier, ni mon armoire,

 

Ne se remplit à babiller.

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