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Fable, Jean De La Fontaine, La Jeune Veuve, Livre VI, fable 21
Créé par Mariedark, le 31/08/2013 à 19h54.
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Par Mariedark,
le 31/08/2013 à 19h54.
Mariedark
Posté le 31/08/2013 à 19h54
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FABLE,  JEAN DE LA FONTAINE,

Livre VI, fable 21

 

LA JEUNE VEUVE

 

La perte d'un Époux ne va point sans soupirs,

On fait beaucoup de bruit, et puis on se console.

Sur les ailes du Temps la Tristesse s'envole ;

Le Temps ramène les plaisirs.

Entre la Veuve d'une année

Et la Veuve d'une journée

La différence est grande : on ne croirait jamais

Que ce fût la même personne :

L'une fait fuir les gens, et l'autre a mille attraits.

Aux soupirs vrais ou faux celle-là s'abandonne ;

C'est toujours même note et pareil entretien :

On dit qu'on est inconsolable ;

On le dit, mais il n'en est rien,

Comme on verra par cette fable,

Ou plutôt par la vérité.

L'Époux d'une jeune Beauté

Partait pour l'autre monde. A ses côtés, sa Femme

Lui criait :  Attends-moi, je te suis ; et mon âme,

Aussi bien que la tienne, est prête à s'envoler. 

Le Mari fait seul le voyage.

La Belle avait un Père, homme prudent et sage :

Il laissa le torrent couler.

A la fin, pour la consoler,

Ma fille, luit dit-il, c'est trop verser de larmes :

Qu'a besoin le Défunt que vous noyiez vos charmes ?

Puisqu'il est des vivants, ne songez plus aux morts.

Je ne dis pas que tout à l'heure

Une condition meilleure

Change en des noces ces transports ;

Mais après certain temps souffrez qu'on vous propose

Un époux beau, bien fait, jeune, et tout autre chose

Que le Défunt. Ah ! dit-elle aussitôt,

Un cloître est l'époux qu'il me faut. 

Le père lui laissa digérer sa disgrâce.

Un mois de la sorte se passe.

L'autre mois, on l'emploie à changer tous les jours

Quelque chose à l'habit, au linge, à la coiffure.

Le deuil enfin sert de parure,

En attendant d'autres atours.

Toute la bande des Amours

Revient au colombier ; les Jeux, les Ris, la Danse,

Ont aussi leur tour à la fin :

On se plonge soir et matin

Dans la fontaine de Jouvence.

Le père ne craint plus ce défunt tant chéri ;

Mais comment il ne parlait de rien à notre Belle :

Où donc est le jeune mari

 

Que vous m'avez promis ? dit-elle.

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