Prochain échelon : 47
|
Compteur d'activité : 45
Fable, Jean De La Fontaine, Les deux Chiens et l’Âne mort, Livre VIII, fable 25
Créé par Mariedark, le 31/08/2013 à 20h10.
0 réponse
Dernière réponse :
Par Mariedark,
le 31/08/2013 à 20h10.
Mariedark
Posté le 31/08/2013 à 20h10
#1
avatar
responsable
membre
depuis le 31/07/2013.
Dernière connexion :
le 29/11/2013 à 10h29
Niveau de soutient : 31 pts

FABLE,  JEAN DE LA FONTAINE,

Livre VIII, fable 25

 

LES DEUX CHIENS ET L’ÂNE MORT

 

Les vertus devraient être sœurs,

Ainsi que les vices sont frères :

Dès que l'un de ceux-ci s'empare de nos cœurs,

Tous viennent à la file, il ne s'en manque guères :

J'entends de ceux qui n'étant pas contraires

Peuvent loger sous même toit.

A l'égard des vertus, rarement on les voit

Toutes en un sujet éminemment placées

Se tenir par la main sans être dispersées.

L'un est vaillant, mais prompt ; l'autre est prudent, mais froid.

Parmi les animaux le Chien se pique d'être

Soigneux et fidèle à son maître ;

Mais il est sot, il est gourmand :

Témoin ces deux Mâtins qui dans l'éloignement

Virent un Âne mort qui flottait sur les ondes.

Le vent de plus en plus l'éloignait de nos Chiens.

Ami, dit l'un, tes yeux sont meilleurs que les miens.

Porte un peu tes regards sur ces plaines profondes.

J'y crois voir quelque chose. Est-ce un Bœuf, un Cheval ?

Hé qu'importe quel animal ?

Dit l'un de ces Mâtins ; voilà toujours curée.

Le point est de l'avoir ; car le trajet est grand ;

Et de plus il nous faut nager contre le vent.

Buvons toute cette eau ; notre gorge altérée

En viendra bien à bout : ce corps demeurera

Bientôt à sec, et ce sera

Provision pour la semaine.

Voilà mes Chiens à boire ; ils perdirent l'haleine,

Et puis la vie ; ils firent tant

Qu'on les vit crever à l'instant.

L'homme est ainsi bâti : Quand un sujet l'enflamme

L'impossibilité disparaît à son âme.

Combien fait-il de vœux, combien perd-il de pas ?

S'outrant pour acquérir des biens ou de la gloire ?

Si j'arrondissais mes États !

Si je pouvais remplir mes coffres de ducats !

Si j'apprenais l'hébreu, les sciences, l'histoire !

Tout cela, c'est la mer à boire ;

Mais rien à l'homme ne suffit :

Pour fournir aux projets que forme un seul esprit

Il faudrait quatre corps ; encor loin d'y suffire

A mi-chemin je crois que tous demeureraient :

Quatre Mathusalems bout à bout ne pourraient

 

Mettre à fin ce qu'un seul désire.

Identification

Pas encore inscrit ?