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Fable, Jean De La Fontaine, Le Songe d’un Habitant du Mogol, Livre XI, fable 4
Créé par Mariedark, le 31/08/2013 à 20h27.
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Par Mariedark,
le 31/08/2013 à 20h27.
Mariedark
Posté le 31/08/2013 à 20h27
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FABLE,  JEAN DE LA FONTAINE,

Livre XI, fable 4

 

LE SONGE D’UN HABITANT DU MOGOL

 

Jadis certain Mogol vit en songe un Vizir

Aux champs Elysiens possesseur d'un plaisir

Aussi pur qu'infini, tant en prix qu'en durée ;

Le même songeur vit en une autre contrée

Un Ermite entouré de feux,

Qui touchait de pitié même les malheureux.

Le cas parut étrange, et contre l'ordinaire ;

Minos en ces deux morts semblait s'être mépris.

Le dormeur s'éveilla, tant il en fut surpris.

Dans ce songe pourtant soupçonnant du mystère,

Il se fit expliquer l'affaire.

L'interprète lui dit : Ne vous étonnez point ;

Votre songe a du sens ; et, si j'ai sur ce point

Acquis tant soit peu d'habitude,

C'est un avis des Dieux. Pendant l'humain séjour,

Ce Vizir quelquefois cherchait la solitude ;

Cet Ermite aux Vizirs allait faire sa cour.

 

Si j'osais ajouter au mot de l'interprète,

J'inspirerais ici l'amour de la retraite :

Elle offre à ses amants des biens sans embarras,

Biens purs, présents du Ciel, qui naissent sous les pas.

Solitude où je trouve une douceur secrète,

Lieux que j'aimai toujours, ne pourrai-je jamais,

Loin du monde et du bruit, goûter l'ombre et le frais ?

Oh ! qui m'arrêtera sous vos sombres asiles !

Quand pourront les neuf Soeurs, loin des cours et des villes,

M'occuper tout entier, et m'apprendre des cieux

Les divers mouvements inconnus à nos yeux,

Les noms et les vertus de ces clartés errantes,

Par qui sont nos destins et nos mœurs différentes ?

Que si je ne suis né pour de si grands projets,

Du moins que les ruisseaux m'offrent de doux objets !

Que je peigne en mes vers quelque rive fleurie !

La Parque à filets d'or n'ourdira point ma vie ;

Je ne dormirai point sous de riches lambris ;

Mais voit-on que le somme en perde de son prix ?

En est-il moins profond, et moins plein de délices ?

Je lui voue au désert de nouveaux sacrifices.

Quand le moment viendra d'aller trouver les morts,

J'aurai vécu sans soins, et mourrai sans remords.

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